À Boire et À Penser#6 "On vend les travailleurs !" - Du capitalisme à l’ère des plateformes

  • À BOIRE ET À PENSER #6 – ON VEND NOS TRAVAILLEURS !
    Le concept ? Un débat critique et collectif avec des intervenants de qualité qui joint l’utile à l’agréable, c’est à dire la discussion et la boisson, et inversement.

    « ON VEND NOS TRAVAILLEURS ! »
    Du capitalisme à l’ère des plateformes

    Voilà quelques années maintenant que quelques plateformes nous vendent, au rabais, des travailleurs précaires. Tout en ayant conquis une place importante dans la vie quotidienne des consommateurs, elles sont parvenues à reconfigurer, parfois pour le meilleur mais souvent pour le pire, des secteurs d’activités préexistants. Pensons à Uber, UberEats, Deliveroo, ListMinut,… pour ne citer que les plus connues.

    Le modèle (socio)économique proposé par ces acteurs clés du capitalisme combine trois opérations singulières : vendre du travail à ceux qui, précaires, en ont besoin – prendre une « commission » sur les gains générés par ce travail – maximiser le profit en exploitant la valeur économique des données collectées par les plateformes qui supportent ces « services ».

    La compression des coûts salariaux et les modes de mise au travail sont un facteur clé pour comprendre sur quoi ces plateformes faussement sympathiques construisent leur avantage concurrentiel. Tout en utilisant des méthodes anciennes (paiement à la tâche, absence de contrat de travail et de protections sociales, rationalisation du temps de travail, etc.), l’algorithme de ces plateformes permet de nouvelles pratiques managériales particulièrement despotiques et efficaces (contrôle permanent des travailleurs par géolocalisation, « gamification » des tâches, système de notation avec récompenses et sanctions à la clé, etc.). En outre, le statut d’auto-entrepreneur imposé par ces plateformes incarne parfaitement l’idéologie néolibérale selon laquelle la collaboration entre entrepreneurs indépendants se serait substituée à la lutte de classes.

    Ces plateformes suscitent pourtant, partout où elles s’installent, de nombreuses mobilisations sociales qui remettent en question les caractéristiques principales de ce type d’emploi, et leur impact sur la réalité du travail au XXIème siècle. Pour les collectifs de défense des travailleurs et les syndicats, le combat contre ces plateformes nécessite de faire face autant à l’atomisation des travailleurs qu’à leur exploitation. Mais si la source de profit principale de ces entreprises repose sur l’extraction des données personnelles, ne faut-il pas intégrer dans la lutte pour l’amélioration des conditions de travail et d’emploi celle du « contrôle ouvrier » sur l’algorithme ? Pouvons-nous parler, à l’ère du capitalisme de plateforme, d’une double exploitation des travailleurs, la première venant de la valeur générée par l’activité productive, la deuxième venant de l’extraction des données ? Au stade où nous en sommes, que peut-on faire pour soutenir, contribuer, intensifier la lutte des travailleurs pris dans ces formes contemporaines d’exploitation sauvage ?

    Avec Martin Willems, responsable national de CSC United Freelancers, Jean-Bernard Robillard, ex-coursier Deliveroo et membre du collectif des coursiers et Cécile Piret, chargée de recherche à l’ ARC – Action et Recherche Culturelles.

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